Permis de construire hier, illégaux aujourd'hui : l'étrange dossier de Djelo-Binza
Kinshasa, les visages sont marqués par la détresse. À Djelo-Binza, dans la commune de Ngaliema, des dizaines de familles assistent impuissantes à la destruction de leurs habitations dans le cadre d'une opération présentée par les autorités comme une action d'assainissement urbain.
Si l'objectif affiché est de récupérer les emprises publiques et de lutter contre les problèmes récurrents d'inondations et d'érosion, les conditions dans lesquelles ces démolitions sont menées suscitent de nombreuses interrogations.
Sur place, l'incompréhension domine. Plusieurs habitants affirment avoir été surpris par l'arrivée des forces de l'ordre et des engins de démolition aux premières heures de la journée. Ils soutiennent n'avoir reçu ni notification officielle ni préavis de déguerpissement avant le début des opérations.
« Nous avons vu arriver les policiers et les bulldozers sans aucun document nous informant de ce qui allait se passer. Nous avons eu à peine le temps de sauver quelques biens », témoigne un propriétaire dont une partie de la maison a déjà été réduite en gravats.
Pour de nombreux observateurs, la situation pose la question du respect des procédures prévues par la loi. En matière d'expropriation pour cause d'utilité publique, la réglementation exige notamment des formalités préalables ainsi qu'une indemnisation juste avant toute éviction. Or, plusieurs victimes soutiennent qu'aucune mesure de compensation ne leur a été annoncée à ce jour.
Au cœur de la polémique se trouve également la multiplicité des intervenants dans la gestion du foncier et de l'urbanisme. Si certains responsables municipaux justifient l'opération par la nécessité de libérer des espaces considérés comme d'intérêt public, d'autres voix au sein des administrations concernées reconnaissent l'existence de situations administratives plus complexes.
Des sources proches des services fonciers et de l'urbanisme indiquent notamment que plusieurs occupants disposeraient de documents officiels délivrés par l'administration elle-même, notamment des certificats d'enregistrement et des autorisations liées à l'occupation des parcelles.
Cette contradiction alimente l'indignation des habitants. « Comment peut-on autoriser des constructions pendant des années et les déclarer ensuite irrégulières sans explication claire ? », s'interroge un spécialiste des questions foncières.
Pendant que les débats administratifs se poursuivent, les conséquences humaines sont déjà visibles. De nombreuses familles passent désormais leurs nuits à proximité des ruines de leurs maisons afin de protéger les quelques biens récupérés. Des femmes, des enfants et des personnes âgées se retrouvent sans solution immédiate de relogement.
Les responsables locaux reconnaissent eux-mêmes leurs difficultés à faire face à cette urgence sociale. Faute de structures d'accueil ou de mécanismes d'assistance rapide, les ménages touchés se retrouvent largement livrés à eux-mêmes.
Face à cette situation, plusieurs collectifs de victimes se mobilisent pour défendre leurs droits. Ils envisagent de saisir les juridictions compétentes afin d'obtenir la suspension des opérations, la clarification des responsabilités administratives ainsi que des réparations pour les préjudices subis.
Au-delà du seul cas de Djelo-Binza, cette affaire ravive le débat sur la gouvernance foncière à Kinshasa. Entre chevauchement des compétences, délivrance contestée des titres de propriété et insuffisance de coordination entre les services publics, de nombreux citoyens dénoncent un système qui les expose à l'insécurité juridique permanente.
Alors que les bulldozers poursuivent leur avancée, les habitants de Djelo-Binza réclament avant tout des réponses. Pour eux, la question n'est plus seulement celle de l'aménagement urbain, mais également celle du respect des droits des citoyens face aux décisions de l'administration.
J-P Djoko
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