Recensement national : Kinshasa ouvre la voie à une opération historique
Quarante ans après son dernier recensement général, la République démocratique du Congo s’engage dans une opération statistique d’envergure destinée à combler l’un des plus grands déficits d’information du pays : l’absence de données démographiques fiables et actualisées. Le gouvernement a officiellement lancé le deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2), un projet estimé à 192 millions de dollars américains, dont 30 millions sont déjà mobilisés pour les premières phases de sa mise en œuvre. À l’occasion d’une intervention médiatique le 30 octobre 2026, le vice-Premier ministre et ministre du Plan, Guylain Nyembo Mbwizya, a rappelé l’importance stratégique de cette opération pour l’avenir du pays. Selon lui, la RDC continue de fonctionner sur la base d’estimations démographiques, faute de statistiques officielles actualisées.
« Personne ne sait exactement combien nous sommes en RDC. Les chiffres avancés relèvent d’estimations. Selon l’UNFPA, notre population est estimée à 112 millions d’habitants. Quarante ans après le dernier recensement, il était important d’organiser le deuxième Recensement général de la population et de l’habitat afin de disposer de nos propres données », a-t-il déclaré.
UN OUTIL AU SERVICE DE LA PLANIFICATION
Pour les autorités, le RGPH-2 va bien au-delà du simple décompte de la population. Il doit fournir à l’État une photographie précise de la structure démographique, sociale et économique du pays.
Le gouvernement entend notamment recueillir des informations sur les ménages, les catégories vulnérables, les jeunes, les personnes malades ou encore les conditions d’habitat. Ces données permettront ensuite d’orienter les politiques publiques dans des secteurs clés tels que l’éducation, la santé, les infrastructures, la protection sociale et l’aménagement du territoire.
Le ministre du Plan a également tenu à lever les ambiguïtés souvent entretenues entre le recensement de la population et l’identification des citoyens.
« Le recensement et l’identification sont deux opérations différentes. Le RGPH-2 vise à dénombrer la population vivant sur le territoire national et à recueillir des données statistiques qui restent confidentielles. En revanche, l’identification permet d’établir l’identité des citoyens congolais, y compris ceux vivant à l’étranger », a-t-il expliqué.
KINSHASA OUVRE LE BAL
La phase préparatoire du recensement a déjà débuté dans la capitale congolaise avec le lancement, depuis le 12 octobre dernier, des opérations de cartographie censitaire.
Cette étape consiste à identifier, localiser et délimiter les zones de dénombrement qui serviront de base aux opérations de collecte des données. Elle est considérée comme un maillon essentiel pour garantir la qualité et la fiabilité du recensement.
Selon le ministère du Plan, plus de 1 500 agents sont mobilisés pour cette phase dans la seule ville de Kinshasa, dont 1 240 cartographes spécialement recrutés à cet effet.
Le processus devrait ensuite s’étendre progressivement à d’autres régions du pays, notamment à la ville de Goma, dans une logique de déploiement par étapes.
MISER SUR LA CONFIANCE DE LA POPULATION
La réussite du recensement dépendra largement de la collaboration des populations concernées. Conscient des appréhensions qui peuvent entourer ce type d’opération, Guylain Nyembo a insisté sur la confidentialité des informations collectées.
Il a assuré que les données individuelles seront protégées par la loi et utilisées exclusivement à des fins statistiques.
« Les données personnelles ne seront jamais dévoilées. La population ne doit donc pas avoir peur de collaborer et doit nous faire confiance », a-t-il rassuré.
Dans cette perspective, le gouvernement entend intensifier les campagnes de sensibilisation afin de favoriser l’adhésion des ménages et d’obtenir des informations fiables sur l’ensemble du territoire national.
UN DEFI FINANCIER MAJEUR
Le coût global du RGPH-2 est évalué à 192 millions de dollars américains. À ce stade, 30 millions de dollars sont déjà disponibles pour financer les premières étapes de l’opération.
Selon le ministre du Plan, la gestion de ces ressources est assurée avec l’appui des partenaires techniques et financiers engagés dans le projet.
La mobilisation du financement complémentaire apparaît toutefois comme un enjeu stratégique pour assurer le déploiement complet de cette vaste opération nationale, dont l’ambition est de couvrir l’ensemble du territoire congolais.
LE PDL-145T SOUS SURVEILLANCE
Au cours de la même intervention, Guylain Nyembo est également revenu sur l’état d’avancement du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T).
Reconnaissant des retards dans l’exécution du projet, initialement prévu sur trois ans, il a indiqué que plusieurs prestataires n’avaient pas respecté leurs engagements.
Le ministre a toutefois souligné une amélioration du niveau d’exécution, passé de 37 % à 52 % depuis la prise en main du dossier par l’actuelle équipe. Sur les 2 130 ouvrages programmés, environ 1 100 seraient déjà achevés.
Le gouvernement annonce désormais un examen approfondi des performances des entreprises impliquées et n’exclut pas des sanctions contre les prestataires défaillants.
« S’il faut sanctionner, nous le ferons, et nous irons même jusqu’à récupérer l’argent afin de faire toute la lumière sur la réalité des chiffres », a averti le ministre.
UN RENDEZ-VOUS CRUCIAL POUR LA RDC
Pour les autorités congolaises, le deuxième Recensement général de la population et de l’habitat constitue une étape essentielle vers une gouvernance fondée sur des données fiables.
Après quatre décennies sans recensement national, la RDC se fixe l’objectif de disposer enfin d’une base statistique moderne capable d’éclairer les décisions publiques et de mieux répartir les investissements en fonction des réalités démographiques et socioéconomiques du pays.
Le défi est immense. Mais pour le gouvernement, connaître avec précision qui sont les Congolais, où ils vivent et dans quelles conditions constitue désormais un préalable incontournable à toute politique de développement durable.
J-P Djoko
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