Crise politique et sécuritaire : Kabuya attaque l’Église et accuse Kagame

Dans une interview exclusive accordée à Jeune Afrique, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a réaffirmé la volonté du parti présidentiel de modifier la Constitution de la République démocratique du Congo. Fidèle parmi les fidèles de Félix Tshisekedi, il s’est montré offensif face aux critiques, estimant que certaines dispositions de la Loi fondamentale entravent l’efficacité de l’action publique.
UNE REFORME JUGEE NECESSAIRE
Pour Kabuya, la Constitution actuelle retarde la mise en place du gouvernement après chaque élection et limite la capacité du président à agir rapidement. Il cite également des articles problématiques, comme celui sur la protection des minorités dans un pays qui compte plus de 450 groupes ethniques, ou encore l’obligation de consulter les deux chambres du Parlement pour déclarer l’état de siège.
« Il ne faut pas se laisser distraire par le discours de certains acteurs politiques ou de l’Église. Il n’y a que la Bible qu’on ne peut pas toucher », a-t-il martelé.
UNE POSITION ANCIENNE DE L’UDPS
Le patron de l’UDPS rappelle que son parti s’était opposé à la Constitution adoptée en 2005 sous Joseph Kabila. « Nous avions promis qu’une fois au pouvoir, nous reviendrions sur cette Constitution », insiste-t-il, soulignant que ses prédécesseurs n’ont pas hésité à la modifier à plusieurs reprises pour des raisons politiques.
LE SPECTRE DU TROISIEME MANDAT
Interrogé sur la possibilité d’un troisième mandat pour Félix Tshisekedi, Kabuya affirme ne jamais en avoir discuté directement avec le président. Toutefois, il laisse entendre que si le peuple congolais se prononçait en faveur d’une prolongation, il ne s’y opposerait pas. « La Constitution prévoit le référendum comme moyen d’expression populaire », rappelle-t-il.
REACTIONS ET TENSIONS
Cette prise de position intervient dans un contexte de crise sécuritaire et de fortes tensions politiques. L’Église catholique et l’Église du Christ au Congo appellent à un dialogue national, mais Kabuya rejette toute tentative d’imposer une voie unique. « C’est cela même l’expression démocratique pour laquelle l’UDPS s’est battue durant trente-sept ans », souligne-t-il.
Sur le plan interne, il balaie les critiques des frondeurs au sein du parti, affirmant que « même Jésus-Christ n’a pas fait l’unanimité ». Quant au congrès de l’UDPS, reporté en raison de la situation sécuritaire à Uvira, il assure qu’il aura lieu en temps voulu.
Enfin, Kabuya n’a pas hésité à pointer du doigt le rôle du Rwanda dans la crise du M23, accusant Paul Kagame de « parrainer » la rébellion tout en tentant de détourner les responsabilités vers Joseph Kabila.


J-P D