Après le naufrage, Ngele et Baraka à la manœuvre pour relancer la Gécamines

La Générale des Carrières et des Mines (Gécamines SA), fleuron historique de l’industrie minière congolaise, traverse une crise sans précédent. Après 129 ans d’exploitation, l’entreprise se retrouve au point mort : entre 2023 et 2025, aucune tonne de cobalt n’a été produite, et de 2024 à fin 2025, le cuivre a également disparu du tableau de production. Un bilan désastreux laissé par le comité sortant, malgré des millions de dollars collectés auprès des partenaires.
Face à ce gouffre, le président de la République, Félix Tshisekedi, a nommé début mars 2026 un nouveau staff dirigeant, avec une mission claire : redonner à la Gécamines ses lettres de noblesse et en faire une entreprise moderne, compétitive et responsable. À la tête de ce défi, Déogratias Ngele Masudi, Président du Conseil d’Administration, et Baraka Kabemba, Directeur général, épaulés par Ludovic Monga et Jack Masangu Amwanza, respectivement DGA en charge des opérations et des finances.
UN ÉTAT DES LIEUX ALARMANT
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : une perte nette de 23,9 millions USD en 2024, une baisse des effectifs à 5.779 agents, et une expertise en déclin faute de renouvellement de la main-d’œuvre. Pourtant, la société conserve un potentiel considérable, avec plus d’un milliard de dollars de recettes en 2024 issues des contrats de participation, ainsi qu’un portefeuille de 100 permis d’exploitation et plusieurs autorisations minières.
UNE FEUILLE DE ROUTE AMBITIEUSE
Le duo Ngele-Baraka entend relancer la prospection géologique pour certifier de nouvelles réserves et investir dans des infrastructures modernes. La construction d’usines de production de cuivre et de cobalt figure parmi les priorités, afin de transformer localement le minerai brut en produits commercialisables. À Likasi, un projet de fabrication de fils et câbles électriques est également envisagé, tout comme la production de sels de cobalt destinés aux batteries.
DIVERSIFICATION ET GOUVERNANCE
Au-delà du cuivre et du cobalt, la Gécamines veut explorer d’autres métaux stratégiques comme le nickel, le lithium ou les terres rares, afin de répondre aux besoins de la transition énergétique mondiale. Mais la réussite passera aussi par une gouvernance exemplaire : transparence, séparation des rôles entre Conseil et Direction, contrôle interne renforcé et reddition régulière des comptes.
Le think tank Congo Challenge résume le défi : « Si la Gécamines veut redevenir un acteur central de la chaîne de valeur minière en RDC, une réforme profonde s’impose. » Le duo Ngele-Baraka porte désormais cette responsabilité historique.


Jean-Petit Djoko