Le 18 avril 2026, à Montreux en Suisse, le gouvernement de la RDC et la rébellion de l’AFC/M23 ont signé un accord prévoyant la libération de 477 prisonniers dans un délai de dix jours. Présentée comme une avancée humanitaire, cette mesure soulève toutefois de vives interrogations : s’agit-il d’un geste de confiance ou d’une amnistie déguisée pour des infiltrés rwandais ?
UN ENJEU VITAL POUR KIGALI
Derrière l’apparence d’un compromis humanitaire, Kigali chercherait à récupérer des agents infiltrés au sein des institutions congolaises. La figure d’Édouard Mwangachuchu, député condamné pour trahison et espionnage au profit du Rwanda, illustre un réseau plus vaste, décrit par des rapports successifs des experts de l’ONU. Selon ces analyses, le Rwanda ne se limite pas à un soutien militaire au M23, mais déploie une stratégie d’influence en plaçant ses agents dans l’armée congolaise, la police et même la sphère politique.
UNE BATAILLE POUR LA VERITE
Le maintien en détention de ces prisonniers exposerait Kigali à des procès publics susceptibles de révéler l’ampleur de son ingérence et de fragiliser son récit officiel centré sur la menace des FDLR. La libération, au contraire, permettrait d’étouffer des révélations compromettantes et de préserver un réseau stratégique construit sur plusieurs décennies. Pour Kinshasa, céder à cette exigence reviendrait à amnistier une infiltration de son propre État et à compromettre durablement sa souveraineté.
LES NEGOCIATIONS DE MONTREUX ET LEURS ZONES D’OMBRE
Quelques jours après la signature de l’accord, l’AFC/M23 a tenu une conférence de presse à Goma pour restituer les discussions. Son secrétaire permanent, Benjamin Mbonimpa, a salué certaines avancées, notamment sur l’accès humanitaire et la protection judiciaire, mais a dénoncé l’omission volontaire par Kinshasa de points jugés essentiels : la réouverture des banques et de l’aéroport de Goma. Selon lui, le gouvernement congolais aurait refusé d’aborder ces questions, préférant insister sur la restauration de l’État, pourtant absente de l’ordre du jour.
LIBERTES DE CIRCULATION ET ENCLAVEMENT DES ZONES OCCUPEES
Le M23 a également soulevé la question de la délivrance de passeports et documents de voyage aux populations vivant dans les zones sous son contrôle. Il accuse Kinshasa de priver ces habitants de titres de voyage et de pousser certains pays à refuser les documents délivrés par le mouvement. Pour Mbonimpa, cette situation traduit une volonté d’enclaver les populations locales, empêchant commerçants et hommes d’affaires de circuler librement vers Beni, Butembo, Kindu ou Kinshasa.
UNE BATAILLE FEUTREE MAIS EXISTENTIELLE
Au-delà des aspects humanitaires, la libération des prisonniers apparaît comme une bataille stratégique : pour Kigali, il s’agit de sauver un réseau vital à son influence régionale ; pour Kinshasa, de préserver sa souveraineté et d’éviter une amnistie de fait des infiltrations. La manifestation de ces tensions illustre que derrière les accords de Montreux, se joue bien plus qu’une question humanitaire : c’est l’avenir de l’équilibre régional qui est en jeu.
Jean-Petit Djoko
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