Dollarisation et faible crédit en franc congolais : un défi pour la BCC

 

Les dépôts bancaires en République démocratique du Congo ont atteint 17,53 milliards USD à fin mars 2026, soit une progression de 5,3 % par rapport au trimestre précédent, selon les données de la Banque Centrale du Congo. Cette évolution traduit une augmentation de l’épargne placée dans les banques, portée principalement par les entreprises privées et les ménages.
Les entreprises privées concentrent 35,2 % des dépôts, tandis que les ménages en détiennent 34,7 %. À eux seuls, ces deux segments représentent près de 70 % de l’épargne bancaire, confirmant leur rôle central dans la stabilité du système financier congolais. Cette confiance des déposants reste essentielle dans un contexte marqué par les fluctuations du taux de change et la forte utilisation du dollar.
Cependant, la dollarisation demeure dominante : 86,4 % des dépôts sont libellés en devises étrangères. En rythme annuel, les dépôts en dollars ont progressé de 6,91 %, contre 14,8 % pour ceux en franc congolais. Malgré cette croissance plus rapide de la monnaie nationale, son poids reste marginal dans l’ensemble du système bancaire.
La même tendance s’observe du côté des crédits. L’encours brut a atteint 10,4 milliards USD, en hausse mensuelle de 0,96 %. Les crédits aux ménages (+7,0 %) et aux administrations publiques locales ont soutenu cette progression. Mais là encore, les prêts en devises dominent largement : 9,7 milliards USD contre seulement 278,03 millions USD en franc congolais, en recul de 3,5 %.
Cette situation pose un défi majeur pour la politique monétaire. Lorsque dépôts et crédits sont principalement en dollars, l’efficacité des décisions liées au franc congolais se trouve réduite. La stabilité du taux de change devient alors cruciale pour maintenir la confiance, limiter les risques bancaires et réduire le coût du crédit.
Enfin, le ratio crédits-dépôts, évalué à 59 %, montre que les banques disposent encore d’une marge importante pour financer davantage l’économie. Une part significative de l’épargne collectée n’est pas encore transformée en investissements productifs, ce qui limite l’impact du système bancaire sur le développement économique.
J-P Djoko