Bras de fer au Nord-Kivu : fin de l’ultimatum américain, polémique relancée

 

L’ultimatum fixé par les États-Unis pour le retrait de l’AFC/M23 des zones occupées au Nord-Kivu et au Sud-Kivu a expiré à la mi-juillet sans effet. Le mouvement rebelle, soutenu par le Rwanda selon Kinshasa, a réaffirmé qu’il ne quittera aucune position. Une posture qui alimente la polémique sur l’efficacité des pressions internationales et sur la capacité du gouvernement congolais à restaurer son autorité dans l’Est du pays.
Benjamin Mbonimpa, secrétaire permanent du mouvement, a déclaré lors d’un séjour en territoire de Lubero : « On est toujours là et on ne quittera pas », expliquant que les précédents retraits n’étaient qu’une stratégie militaire. Selon lui, les zones évacuées sont aussitôt réoccupées par les forces gouvernementales, empêchant le déploiement d’une force neutre comme prévu.
De son côté, Corneille Nangaa, coordonnateur politique de l’AFC/M23, a revendiqué une gouvernance exemplaire dans les territoires sous contrôle du mouvement. Sur X, il a vanté « des espaces libérés devenus des laboratoires d’efficience et de bonne gouvernance », citant la stabilité, la salubrité et la riposte contre Ebola comme preuves de leur gestion. Il n’a pas hésité à critiquer le régime de Kinshasa, tout en réaffirmant la volonté du mouvement de marcher jusqu’à la capitale.
Cette défiance intervient alors que l’accord de Washington entre la RDC et le Rwanda prévoyait des engagements mutuels : Kigali devait lever certaines mesures de défense, tandis que Kinshasa s’engageait à neutraliser les combattants rwandais des FDLR. L’intransigeance de l’AFC/M23 remet en cause la crédibilité de ce processus et pose la question de l’efficacité des pressions diplomatiques américaines.
La polémique est d’autant plus vive que l’ultimatum américain, censé marquer une étape décisive, se solde par un bras de fer ouvert. Pour Kinshasa, il s’agit d’un défi direct à sa souveraineté ; pour Washington, un test de son influence dans une région stratégique. Mais pour l’AFC/M23, c’est l’occasion d’affirmer sa légitimité et de mettre en avant un projet politique alternatif.


Jean-Petit Djoko