Le débat sur le futur dialogue national en République démocratique du Congo ne porte pas seulement sur les participants ou les thèmes à aborder. La véritable réponse viendra d’un document unique : l’ordonnance présidentielle que Félix Tshisekedi doit signer. Annoncé le 17 juillet, ce dialogue sera encadré par ce texte fondateur, qui en définira les contours bien plus que les déclarations politiques.
Le gouvernement a confirmé la démarche. « Dans les jours qui viennent, il prendra une ordonnance qui fixera les termes et les détails du dialogue », a déclaré le porte-parole Patrick Muyaya, en référence à l’article 69 de la Constitution qui fait du chef de l’État le garant de la nation. Cette ordonnance précisera le cadre, les modalités et l’organisation des assises — autrement dit, l’essentiel.
Une telle convocation n’est pas une simple formalité. Elle détermine la composition des participants, l’ordre du jour, la durée, le lieu, le mode de désignation et le mandat des médiateurs. Chaque paramètre influence directement les résultats possibles du dialogue. Rédiger l’ordonnance revient déjà à écrire une partie de la conclusion.
L’opposition, elle, peut poser des conditions mais ne rédige pas l’acte. La Coalition Article 64 réclame l’abandon du projet de révision constitutionnelle, une décrispation politique et des mesures pour l’Est du pays. Mais ces revendications ne figureront à l’ordre du jour que si l’ordonnance les intègre. Les Églises, pressenties pour la médiation, agiront dans un cadre qu’elles n’auront pas fixé. Le président, en revanche, a rappelé qu’aucun dialogue ne saurait remettre en cause les institutions ou les décisions déjà adoptées.
Ce schéma n’est pas nouveau. Dans l’histoire politique congolaise, les grands dialogues ont presque toujours été convoqués par le pouvoir, et leur légitimité contestée dès l’ouverture. Celui qui s’annonce n’échappe pas à cette logique : sa crédibilité dépendra d’abord de la main qui en trace les règles.
Ainsi, la bataille actuelle ne se joue pas encore autour de la table, mais sur le texte qui la construira. Tant que l’ordonnance n’est pas publiée, chaque acteur tente d’en influencer le contenu. Une fois signée, elle fixera les règles du jeu. Avant même la première poignée de main, l’architecte du dialogue est déjà désigné.
Jean-Petit Djoko
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